Je ne saurais dire quand j’ai appris à lire. Mais cela fait un bon moment. Et depuis, j’en ai lu, des pages ! Des centaines et des centaines d’ouvrages. Un gros lecteur, comme on dit. Mais faut-il en être fier ? J’en suis de moins en moins sûr.
Un romancier a donné ce conseil : « Même quand l’écrivain est bavard, toi, lis à l’économie, en taiseux. » Eh oui, un mot, ce n’est pas juste un tremplin vers un autre mot. Il a son poids, sa valeur. Et il faut du temps pour en prendre la mesure, pour le goûter.
Je crois qu’on se trompe à réduire la lecture à une question de quantité. Car on peut engloutir des pages et des pages sans que cela nous touche, sans même que cela ne laisse de trace. Alors qu’une simple phrase nous accompagnera toute notre vie, révélant au fil des années ses nuances et sa profondeur.
C’est le scanner qui se contente de déchiffrer des lettres. Mais pour un être de chair et de sang, la lecture, cela doit être quelque chose de vivant. Il y a le jeu des sonorités, et le rythme. Il y a cet univers que le mot éveille en nous. Des recoins insoupçonnés se mettent ainsi à vibrer.
Oui, à partir d’un certain niveau, la lecture, ce n’est plus une simple technique. Cela devient un art. Et c’est bien sûr à ce niveau que nous devrions lire ce Livre des livres qu’est la Bible.
Ne vous laissez pas rebuter par ces caractères tout petits qui remplissent presque complètement le papier. Mais apprenez à savourer chaque mot. Apprenez surtout à entendre la voix qui y résonne, à percevoir cette présence qui l’habite. Lire, non pas pour emmagasiner des informations, mais pour rencontrer quelqu’un.
Le plus dur, c’est peut-être de faire abstraction de ces centaines de pages qui disent : « Et nous ? » Mais il faut se faire une raison. Le Christ l’a dit : « À chaque jour suffit sa peine. » La lecture, ce n’est pas une performance. C’est être là, avec ce mot ou cette phrase. Disponible pour celui qui nous parle. Disponible pour celui qui veut nous toucher.
Jean-Nicolas Fell