J’ai eu la chance de pouvoir être accueilli dans une communauté de sœurs carmélites en Bourgogne, le temps d’une retraite. Comment décrire l’impression de profondeur, la sensation de plénitude qui s’est dégagée de ce séjour ? Tout était d’une grande simplicité et sobriété. Un environnement de collines verdoyantes. Des haies vives clôturant les prairies. Des bâtiments en pierres et en béton. Des allées fleuries. Quelques panneaux invitant le passant au silence… Tiens donc, effectivement tout semble calme.
De fait, le silence est au cœur de la vie de cette communauté. On se parle, mais on ne hausse pas la voix. Les hôtes mangent ensemble, mais en silence. Le travail journalier se fait dans le même esprit. Même les offices font une large place au silence.
Malgré mon appréhension, ce silence ne m’a pas pesé. Je ne l’ai pas vécu comme un silence vide, un silence solitaire. Il m’a plutôt rendu attentif à mon environnement et à ceux qui m’entouraient. Un silence qui affine les sens, qui ouvre à la dimension spirituelle de la vie.
Le temps de m’y habituer, d’entrer dans cette démarche singulière, et je découvre que finalement beaucoup de choses ont colonisé mon espace de vie. Je me découvre encombré en somme, et parfois empêtré, privé de mon élan vital. Comme une source sans eau.
Bien des traditions religieuses associent le silence au désert et à la liberté. Et cela bien avant la société bruyante du XXIe siècle dans laquelle, pour soumettre l’humain à ses propres objectifs le plus efficace est de l’assourdir. Esclavage moderne entre séduction et contrainte, auquel on n’échappe pas facilement.
Il existe néanmoins des lieux préservés par quelques communautés, sortes d’oasis, qui représentent de véritables espaces de liberté. Quelle chance !
Thierry Baldensperger