Nous venons tout juste de fêter Noël. Pour certains c’était l’occasion de se retrouver en famille pour d’autres la solitude s’est fait encore plus cruelle. D’autres ont risqué des tentatives de réconciliation. Et pour d’autres encore, les liens en famille sont restés fades, inexistants ou même violents. Cela me fait penser à cette histoire :
Il était une fois, dans un village en Palestine, un atelier de charpentier. Un jour que le maître était absent, les outils se réunirent en conseil sur l’établi. Les conciliabules furent longs, animés, et véhéments. Il s’agissait d’exclure de la communauté des outils un certain nombre de membres. Le trouble et les tensions avaient assez duré. Autant faire de l’ordre.
L’un prit la parole:
-Il nous faut exclure la scie, car elle mord et grince des dents.
Un autre dit: 
-Nous devrions plutôt exclure le rabot tranchant qui épluche tout ce qu’il frôle. 
 -Non, plutôt le marteau, dit un autre, je lui trouve un caractère assommant. Il nous tape sur le système. Il nous cogne sur les nerfs.
– Et les clous? Impossible de vivre avec des êtres si pointus ! Qu’ils s’en aillent !
– Et pendant qu’on y est, chassons aussi la lime et la râpe. A demeurer avec elles, ce n’est que frottement perpétuel. Virons aussi le papier de verre dont la seule raison d’être dans cet atelier est de tourmenter jusqu’au sang ! 
Quel tumulte parmi les outils du charpentier. Tout le monde parlait à la fois. Tous s’excitaient.
La bruyante discussion prit fin à l’entrée du charpentier dans l’atelier. Silence absolu quand on le vit s’approcher de l’établi. Il saisit une planche et la débita avec la scie qui grince; la rabota avec le rabot au ton mordant. Il prit à chacun son tour, le ciseau qui blesse cruellement, la râpe au langage rude, le papier de verre abrasif. Le maître charpentier saisit les clous pointus et le marteau qui cogne et tape. 
Il se servit de tous les outils pour fabriquer… un berceau … Pour l’enfant à naître. Pour accueillir la vie si fragile d’un tout petit bout d’homme.
Alors nous aussi, avec nos gestes et paroles de rabot, scie, marteau ou clous pointus devenons artisans à notre tour pour accueillir la Vie. Thérèse Aubert