Quelques remous ces temps autour de « ne nous soumets pas à la tentation », qui fait partie de la prière enseignée par Jésus, le « Notre Père ».
La tentation existentielle, c’est de douter de Dieu, de désespérer de Dieu. Face à cela, nous avons besoin du secours de Dieu.
Cette prière nous parvient en grec (Matthieu 6,9-13 et Luc 11,2-4). Elle a été traduite en latin, puis dans toutes les langues de la chrétienté. Dans chacune de nos Bibles en français, elle est un peu différente.
En 1966, la traduction que nous prions habituellement aujourd’hui a été décidée de manière œcuménique en francophonie.
Mais on a vite réalisé que « nous soumets pas… » est problématique. Si l’on demande à Dieu de ne pas nous soumettre à la tentation, c’est dire qu’il pourrait le faire. L’épître de Jacques (1,13) dit clairement que « Dieu ne tente personne ». Le grec n’utilise pas le mot « soumettre », mais un mot qui signifie « porter dans, amener à ». En fait, on demande que Dieu nous aide à ne pas céder à la tentation. On pourrait dire, sans trahir : « conduis-nous loin de la tentation ».
En 2013, l’Église catholique romaine en francophonie a décidé de traduire en liturgie : « ne nous laisse pas entrer en tentation ». Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà plus proche de l’intention d’origine.
En mai dernier, la conférence des évêques suisses a annoncé que ce sera cette version-là que prieront les fidèles. Protestants et catholiques-chrétiens se sont déclarés déçus de n’avoir pas été consultés afin que la prière reste un lien œcuménique. Fin juin, les catholiques romains ont annoncé leur décision de sursoir : le changement est reporté à Pâques 2018, les autres Églises ont ainsi un temps pour réfléchir, discuter, et décider.
Cependant, nous pouvons prier sereinement ensemble. L’avez-vous remarqué ? Les deux formulations ont le même nombre de pieds, et les dire dans le même rythme reste ainsi possible. L’essentiel est de le prier, lui notre Père, d’un même cœur.
Sophie Mermod-Gilliéron, pasteur