Le 24 janvier est le jour de l’indépendance vaudoise. Un anniversaire fêté avec modestie et retenue: des drapeaux flottant aux frontons des administrations communales, des coups de canon à Morges et quelques délicieux papets vaudois marqueront la libération de l’emprise bernoise en 1798, grâce à l’aide de Napoléon d’ailleurs. L’indépendance constitue un idéal dans notre société individualisée. Toute l’éducation vise à l’autonomie, à l’accession des enfants à leur indépendance. Le self-made man, l’homme qui s’est fait tout seul, incarne cet idéal d’indépendance. L’indépendance, c’est accéder à la liberté comprise comme la liberté de faire ce qu’on a envie de faire.En même temps, personne ne peut pas faire abstraction de la société dans laquelle il vit, ou de son environnement. L’indépendance ne peut cacher qu’à tous les égards, nous sommes dépendants: les uns des autres, mais aussi des animaux et des plantes autour de nous. Pour notre bien être, pour notre sécurité, pour notre existence.Mais si l’indépendance continue d’être valorisée, la dépendance a mauvaise presse.
Dépendre des autres n’offre pas une image très attirante. La dépendance, cela se soigne dans des cliniques spécialisées. Elle est perçue comme un signe de faiblesse, voire d’échec. Or il y a une bonne dépendance, celle qu’il nous faudrait retrouver. Celle qui nous rend conscients des liens aux autres, qui nous responsabilise. Dans le domaine religieux aussi, il y a eu une mauvaise dépendance, qu’il est légitime de combattre, à un Dieu imaginaire qui nous fait fuir notre responsabilité individuelle et humaine. Mais il y a aussi une bonne dépendance à un Dieu qui nous aide à trouver notre juste place dans la création. Une indépendance absolue conduit à une impasse. Elle constitue même une grave illusion lorsqu’elle justifie des décisions politiques, telle l’absence de certains pays dans les conférences mondiales sur le climat. La dépendance bien comprise ne constitue pas un problème : il faudrait la considérer comme une source de richesse, qui pousse à dialoguer, à tenir compte de l’avis de l’autre, de se savoir reliés. Fêter notre indépendance, c’est bien. Mais la dépendance mériterait aussi d’être mise en valeur et un peu plus chérie.
Frans van Binsbergen,
pasteur EERV – Yvonand