« Je chante, soir et matin, je chante, sur mon chemin… » disait le fou chantant. Mais qui connaît encore ? Le grand Maurice. Et puis nous nous sommes habitués, à moins chanter. Nos chants ne rythmaient plus les récoltes. Nos chants ne rythmaient plus le bruit de l’enclume. Nos chants ne traversaient plus les vallées. Ni le travail de la vigne. Nos chants n’emplissaient plus les classes des écoliers. Apprendre par cœur et recevoir des anciens de vieilles mélodies aux mots inusités ne semblait plus essentiel. Qui a compris « Au clair de la lune » ?
Depuis que le monde est monde il y a le chant des baleines, celui dont on se passait les cassettes en s’émerveillant de ses sons sous-marins. Le chant du vent dans les voiles, le chant des oiseaux entendus de nouveaux dans les grandes villes, dans nos rues, présence heureuse à laquelle il a fallût se réhabituer. Le chant du vent dans les hautes futaies.
Nous sommes aujourd’hui privés du chant dans les stades, comme dans l’Antiquité, privés de hurler des noms, des slogans et de rire à des textes futiles. Nous sommes privés des chants dans les salles, les plaines, les festivals. A l’écoute ou repris en cœur dans la fusion des cœurs et des corps lorsque la nuit et les décibels apportent une communion spéciale. Celle de milliers d’inconnus devenant des fous chantants et mêlant à la sueur la danse des nuits étoilées. Nous sommes privés de chanter, chorales et chœurs, assemblées, et c’est juste sans doute !Que tout cela me semble lointain. Mais comme tant de choses dont on a goûté aux habitudes, le fait d’en être privé leur redonne du sens. Alors, la foi en Dieu sans le chant, est-ce comme un match sans spectateurs ? Sans joueurs ? Goutons maintenant au plaisir de se revoir avec joie, et un jour viendra, je ne sais de quelle couleur, ou nous ferons des vieux chants silencieux, des chants nouveaux qui nous rendrons heureux.
François Lemrich, pasteur à Grandson