J’ai vu la mère des dragons ! Je patientais dans une grosse file d’attente, distance sociale respectée, et la femme devant moi portait sur l’épaule un étrange tatouage, très effacé. Bref ! Elle poireautait comme tout le monde. Soudain ce fut son tour de passer à la caisse et elle s’est retournée pour appeler ses enfants. Ses gamins jouaient plus loin, je ne les avais même pas aperçus. Deux prénoms ont claqué ! A très haute voix ! La maman venait d’appeler son fils et sa fille pour la rejoindre. Rien ne se passe… Personne ne vient.C’est alors qu’elle a changé de stratégie. Elle a haussé les épaules, et après quatre à cinq secondes de réflexion, a hélé à voix haute « Hé ! les dragons ! ». Tout de suite, un petit gars et une jeune fille sont arrivés tout sourire. Nos regards se sont croisés, j’étais mort de rire. Je venais de rencontrer la mère des dragons ! « Game of Thrones » pour les initiés.C’était drôle !
Et c’est fantastique ce qu’un appel ciblé peut provoquer. Avec humour, les deux gosses absorbés par quelque chose n’écoutaient rien, mais leur petit surnom les a fait sortir de la foule, de l’anonymat. Un appel ! Sortir de la masse.Dieu doit souvent hausser les épaules ! C’est une image bien sûr, car les appels de sa part sont nombreux, même lorsque nous nous plaignons du silence de Dieu à notre égard. Alors, parfois, tout à coup, tout bascule parce que quelque chose de familier, d’intime nous touche. Alors oui, tout bascule, bouscule, et nous entendons cette voix infime traverser notre espace. Quel est mon nom de code ? La clé de mon chez moi intérieur ? Mon petit nom oublié ? Celui qui me fera toujours répondre à l’appel ? Qui donne des oreilles dans le bruit du monde ? Me relie au Père ?Ce jour-là, j’ai vu la mère des dragons !
François Lemrich, pasteur à Grandson